COEUR de ROCKER - Interview de Bernard BOYAT
Notre Amitié : Les anciens Maristes, du moins ceux qui t’ont eu en 4e, savent à peu près tous qu’en dehors de tes fonctions d’enseignant et éducateur, des mercredis passés à l’ASM et des week-ends consacrés au LOU, tu t’es aussi beaucoup occupé de musiques américaines. De quelles musiques en particulier et comment les as-tu découvertes ?
Bernard BOYAT : J’ai d’abord découvert le rock’n’roll et ce, de manière fortuite : un condisciple interne de 4e à St Pierre de Bourg-en-Bresse, auquel je servais de correspondant en ville (= il venait chez nous les jeudis ou les dimanches où il ne pouvait rentrer chez lui), apporta un jour un super 45 tours (4 chansons) London de Little Richard. Nous étions hors de portée des oreilles paternelles (et des futurs « Arrête cette musique de sauvages ! »), et il mit le disque sur le Tepaz vert familial. “Long tall Sally“ fut la claque musicale de mon existence, dont je ne me suis jamais remis. Nous étions en 1958 et j’avais 13 ans, cela fait donc 50 ans (je fête mes noces d’or avec le rock’n’roll cette année !) que j’écoute de la musique de sauvages ! La seule chose qui me laisse perplexe, avec le recul du temps, est qu’un ado de Joncy, un bled de Saône-et-Loire connaissait Little Richard, dont un citadin comme moi ignorait jusqu’à l’existence…
Ensuite, de fil en aiguille, j’ai remonté le flot musical, pour m’intéresser aussi aux musiques ayant engendré le rock’n’roll : la country, en trouvant un 33 tours importé de Hank Williams dans un magasin sis place du Change, puis le blues et un peu de gospel. Je me suis aussi intéressé aux avatars du rock’n’roll, le doo-wop, le surf instrumental entre autres, ainsi qu’à des musiques plus régionales, de Louisiane : le rythm’n’blues de la Nouvelle Orléans, la cajun, le zydéco et le swamp pop. Tout cela est un peu schématisé, car la country, pour ne citer qu’elle, recouvre diverses formes (hillbilly, hillbilly bop, western swing, bluegrass, honky tonk, country rock, et j’en passe) et, comme le dit si bien mon éminent ex-confrère Georges Carrier, « On ne devrait pas parler de musique country, mais des musiques country ». En gros, hormis la variété et le jazz, je m’intéresse aux musiques nées aux USA avant 1960.
NA : Quels grands chanteurs de rock’n’roll as-tu vus sur scène ?
BB : Mon tout premier “concert“ a été celui des Loups Blancs, un groupe local, lors d’un entracte (cf La dernière séance, animée à la TV par Eddy Mitchell, pour ceux qui la regardaient) au cinéma Eden de Bourg. Ensuite, j’ai eu l’occasion de voir, alors qu’ils n’étaient pas encore trop décatis, Gene Vincent, Chuck Berry, Little Richard, Bill Haley, Jerry Lee Lewis, Bo Diddley, Fats Domino, Screamin’ Jay Hawkins, Duane Eddy et d’autres moins connus en dehors des aficionados de rock’n’roll, en particulier sur place en Louisiane et à Boston.
NA : Il paraît que tu en as même présentés sur scène, lesquels ?
BB : Si j’ai présenté des concerts, ce fut pour rendre service à George Collange, un ami qui en avait organisé certains : d’abord Gene Vincent le jeudi 28 septembre 1967 (j’ai aussi servi d’interprète durant les deux jours) à la salle Rameau. Ce fut un concert assez épique : il fallut d’abord aider Gene à mettre au point certaines choses avec le Rock’n’roll Gang, le groupe français qui l’accompagnait car les musiciens ne parlaient pas anglais et, depuis le début de la tournée, Gene n’arrivait pas à leur expliquer certaines choses, par exemple les signes qu’il faisait avec une main derrière son dos pour que les morceaux s’arrêtent net. A l’entracte, j’ai dû jouer les M. Bons Offices entre Gene et Pognant, organisateur de la tournée, en qui il n’avait plus confiance. Gene refusait de monter sur scène tant que Pognant ne lui aurait pas donné des billets de retour pour lui et son épouse, pour Los Angeles (la fin de la tournée n’était pourtant prévue que fin octobre). Il était 23h, et il fallut expliquer à Gene que les agences de voyage étaient fermées à cette heure-là et lui promettre que la première chose qui serait faite le lendemain serait d’aller quérir les fameux billets. Gene convaincu, le concert a finalement pu se dérouler…
J’ai ensuite présenté Jerry Lee Lewis en 1971 au défunt Palais d’Hiver, toujours pour un spectacle organisé par Collange. Par la suite, j’ai aussi présenté quelques concerts locaux, dont un de Vince Taylor / Roll Chanty à la Cigale de Villeurbanne et un de Red Teddy au bar du H à l’INSA, avec M.Bouchacourt dans la salle.
NA : Tu as aussi beaucoup écrit sur la musique, non ?
BB : Mon premier article date de 1966, à propos du concert de Chuck Berry au Palais d’Hiver, que je n’avais pas vu (j’étais assistant de français à King’s Lynn pour l’année scolaire), mais dont on m’avait envoyé des rapports circonstanciés, pour Haley News, la revue du fan club anglais de Bill Haley. Ensuite, j’ai collaboré à près de 60 fanzines et magazines français (dont Big Beat et Jukebox Magazine), anglais, néerlandais (Rockville International) et même US (Goldmine, seul article pour lequel j’ai été payé !). Actuellement, je continue à collaborer à Jukebox Magazine (plus épisodiquement), Sur la Route de Memphis, Le Cri du Coyote, Rock’n’roll Revue, Country Music Attitude et Blues Magazine.
Côté ouvrages, j’ai écrit Musiques de la Louisiane du Sud et, en collaboration, Johnny Cash, édités par le Cri, Spécial Sun et, en collaboration, Les immortels du rock’n’roll, édités par Jukebox, ainsi qu’une demi-douzaine d’opuscules auto produits à tirage limité sur l’histoire des musiques de Louisiane, ainsi qu’une Rockcyclopédie.
Tout ceci fait que, hors critiques de disques, mes écrits édités à ce jour représentent environ 6.000 pages format A4 et lettrage taille 10, ce qui n’est pas trop mal.
La Rockcyclopédie se trouve, sur un CD, à la bibliothèque centrale de l’Externat. Ma correspondance avec le producteur Eddie Shuler se trouve à la bibliothèque de l’université de Caroline du Sud, certains de mes articles sur la country à celle de la Country Music Association à Nashville et mes publications sur la Louisiane à celle de l’université de Louisiane de Sud à Lafayette. Si vous avez l’occasion d’aller là-bas, vous pouvez demander à les consulter ! Succès sans doute garanti…
NA : Certains anciens se souviennent t’avoir entendu sur des radios lyonnaises. Qu’en est-il ?
BB : J’ai eu l’occasion d’animer, pendant près de 25 ans, des émissions sur Tonus, Radio Lyon (où j’ai rencontré Jacques Spiry, voir plus loin), Zap FM, radio Brume et, enfin, Canut. J’ai aussi été interviewé par une radio louisianaise, animé une fois une émission swamp pop avec Johnnie Allan à Lafayette, été cité et montré (j’étais parmi les invités, placés derrière les chanteurs, ce soir-là) au Grand Ole Opry (émission mythique de radio et TV américaine, qui remonte aux années 1930) à Nashville, par un groupe que j’avais programmé dans mon émission et qui passait, fort opportunément, sur scène ce soir-là.
NA : Tu aurais aussi écrit des paroles de chansons, dont certaines ont été enregistrées…
BB : Je suis devenu parolier pour rendre service à l’ami Jacques Spiry (cf plus haut), qui, las d’interpréter des reprises, cherchait des textes originaux en anglais sur lesquels il pourrait mettre de la musique. Comme tous mes textes ne lui convenaient pas, j’ai aussi commis des morceaux avec Tarheel Pete (dont “Annabel“, un “mini classique“, repris par 5 chanteurs US), Larry LaVey, Gilles Vignal, Cynthia Gayneau et Chris Evans. Je dois avoir une douzaine de titres enregistrés, par Dub Benson, Al Ferrier, Jimmy Glass, Danny Mack, Warren Storm, Larry LaVey, Elton Houck et les Wise Guys. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour je verrais mon nom figurer en tant que parolier sur un 45 tours…
NA : Quels sont tes principaux souvenirs musicaux ?
BB : D’abord “Long tall Sally“ en 1958, le concert de Gene Vincent en 1967, celui de Jerry Lee Lewis, Screamin’ Jay Hawkins et Fats Domino à Vienne et les rencontres en Louisiane avec divers chanteurs et producteurs.
NA : Un regret ?
BB : Celui de n’avoir pas vu sur scène, dans les années 50, ceux que j’ai vus ultérieurement et ceux que je n’ai pu voir : Elvis (jamais venu se produire en Europe), Carl Perkins, et ceux décédés avant mon heure : Buddy Holly, Eddie Cochran, Ritchie Valens.
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