Quelques Nouvelles du Beaujolais
Mardi 31 mars, un coup de sécateur vient dépouiller de ses sarments le dernier des 40.000 ceps des vignes de Bois-Dieu : c’est la fin de la taille sur cette parcelle de Chardonnay qui doit produire, cette année encore, les bouteilles de Beaujolais Blanc. La taille a occupé toutes les journées d’hiver depuis le 26 novembre, et cette activité reste le cœur du métier de vigneron. Année après année, elle permet de constituer et maintenir la charpente des ceps ; pour les mois à venir, elle détermine la position, le nombre et, en grande partie, la qualité des raisins. Elle doit être « propre », ne pas laisser de bourgeons indésirables qui, en se développant, formeraient des « mondons » et encombreraient inutilement le centre du cep. La taille doit être franche pour ne pas ouvrir la porte à certaines maladies du bois.
A l’heure de la retraite, tous les vignerons disent à leur successeur : « S’il te plait, laisse-moi quelques vignes à tailler ! Cela occupera bien mes journées d’hiver. Enfin, je n’aurai plus à remplir tous ces "papiers" qui me pourrissaient la vie... ».
Au cours de ces premiers jours de printemps, les ceps commencent à montrer des signes d’impatience : la sève, ce liquide gorgé de sels minéraux, tirée des profondeurs du sol, pousse les bourgeons qui gonflent, et sur les récentes plaies de taille, coule le long du bois. La vigne « pleure », mais ses larmes ne sont que l’expression d’une renaissance, d’une nouvelle alliance entre le sol et la vie qui s’ébroue en surface.
Ce moment est généralement aussi, dans l’esprit du viticulteur, la charnière entre le passé et le futur : le millésime 2008, même s’il attend encore sagement dans les caves ou sur les étals, appartient au passé. La vie qui s’éveille est une promesse.
Promesse d’un printemps exubérant, d’un été chaleureux, d’un automne doux, promesses d’un beau millésime… et promesses tenues au-delà des espérances. Des températures douces, quelques belles ondées espacées en avril et mai, et un dernier orage le 19 juin ont apporté cerises goûteuses, fraises abondantes et framboises parfumées. La sécheresse d’un été sans pluie jusqu’au 21 août, a offert pêches, abricots et prunes au delà des espérances. La petite canicule d’après le 15 août, un moment inquiétante (4 à 5 journées à 42 degrés ! ), a été tempérée par quelques pluies à partir du 21 août, donnant aux mûres des buissons un goût plus suave que d’habitude... C’est finalement le mardi 1er septembre que les vendangeurs ont commencé à couper les raisins des vignes de Bois-Dieu : les deux ou trois ondées qui ont arrosé la joyeuse troupe furent accueillies, l’affaire n’est pas coutume, par des rires et des remerciements à ce ciel qui avait la générosité de rafraîchir une vendange exceptionnelle.
Exceptionnelle est vraiment le qualificatif qu’il faudra donner à ce millésime, mélange de 2003 et 2005, doué de toutes les qualités, concentré et aromatique, coloré et fruité, équilibré et franc.
A l’heure ou j’écris, ces bonnes bouteilles attendent sagement le troisième jeudi de novembre ! Pour plus d'informations rendez-vous sur www.bois-dieu.com.
Michel DUGELAY, frère de Patrick (Promo 1956).

